Sandrine Raffin – Archetière

PARIS

Sandrine Raffin, la passion pour son métier passion lui a été transmise par son père. « Il y a vingt ans, si on ne faisait pas partie d’une famille de luthier ou d’archetier, le métier était complètement fermé. » À 15 ans, elle intègre l’École nationale de lutherie de Mirecourt. À 20 ans, elle rejoint l’atelier familial d’archeterie de la rue de Rome.

Comprendre le musicien à 100 %

Elle acquiert une réputation d’excellence auprès de quelque 2 000 clients en France et dans le monde, parmi lesquels les violonistes Renaud Capuçon et Patrice Fontanarosa, les quatuors Ébène et Zaïde. Elle a elle-même commencé le violon et le clavecin vers l’âge de 4 ans. Dans son métier, « il est important pour comprendre à cent pour cent un musicien et son ressenti de pratiquer. » explique-t-elle.

Un important client japonais vient de lui passer commande d’un archet original. La création s’inscrit dans un cadre strict. « On travaille toujours comme il y a deux cents ans avec le rabot, le canif, le ciseau, la gouge et la lime, des matériaux traditionnels (crin de cheval mâle (!) de Mongolie, bois de pernambouc et d’ébène, nacre, or, etc.). L’archet doit faire 73 centimètres de long et peser 60 grammes avec des hauteurs et des équilibres à respecter. Chaque baguette apporte un son différent. »

Transmettre son métier et se remettre en question

À ce travail de fabrication s’ajoutent l’entretien, la réparation, la restauration d’archets anciens dont la valeur unitaire peut dépasser 100 000 €. « Je réalise certaines opérations en apnée afin d’écouter le bois. Pour exercer ce métier, il faut être minutieux, patient, respectueux et humble. »

On vient du Canada et du Brésil pour se former auprès de Sandrine Raffin, qui aime parler de son métier aussi bien à Tokyo qu’à l’école de ses filles.  Elle a repris l’archeterie paternelle en 2007 et reçu le titre de maître artisan en métier d’art en 2012. Pourtant, elle quitte son établi parfois pour faire sa comptabilité, dialoguer par courriels avec ses clients, alimenter la page Facebook de l’atelier. « On ne peut avancer à l’aveugle, déployer des compétences sans vérifier si la clientèle suit. Il est important de partager nos recherches et de se remettre en question. »

Riche de son expérience, Sandrine Raffin restaure les plus belles pièces d’archeterie et innove dans la création de nouveaux modèles. Formatrice agréée, elle transmet aussi son savoir-faire et ses connaissances à de jeunes archetiers prometteurs.

En finançant sa nouvelle machine, la Fondation Rémy Cointreau a permis à Sandrine d’accroître sa production de découpe du pernambouc bois tout en minimisant les chutes, lui faisant gagner une journée de travail par semaine.

Pascal Renoux – Coutelier d’art

BOIS, MÉTAL