SAVOIR-FAIRE DE LA

RELIURE

La reliure (à l’origine codex ou brochage) peut se résumer techniquement à la couture des cahiers, à la pose de plats rigides ou flexibles, qui ne sont pas solidaires du corps d’ouvrage, et d’un matériau de couvrure des plats. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le terme de reliure prend le sens de manière dont un livre est relié : dans ce sens, la reliure donne alors à voir son histoire, ses évolutions techniques, ses multiples ressorts artistiques, ses originalités de matériaux ou de décors, et ses styles, souvent liés au renom des relieurs.

Il existe de nombreuses variantes d’une même technique, autant que de relieurs qui recherchent des solutions originales en fonction de leur habileté et de leur ingéniosité. Les techniques mises en œuvre pour la confection des reliures sont des indices de datation ou de provenance d’un livre.

Avec 120 relieurs à Paris en 1801, l’activité reprend dans les ateliers. L’éventail des matières de couvrure et des couleurs s’élargit pendant le XIXe siècle et on retrouve le goût pour les techniques anciennes (couture sur nerfs, forte endossure). Mais cette période est évidemment marquée par la mécanisation des ateliers de reliure et l’apparition de matières moins luxueuses (comme la percaline, toile de coton lustrée) qui abaisse les coûts de la reliure.

Il existe aussi des reliures d’édition plus luxueuses, reliures parlantes en dialogue avec le texte. Alors qu’à la fin du XIXe siècle sont créées les premières écoles professionnelles de reliure (l’École Estienne en 1889), le métier s’enrichit progressivement du savoir-faire d’autres artisans (joailliers, par exemple) et innove. Toutes les fantaisies techniques sont alors possibles au XXe siècle, de l’incrustation d’émaux à l’utilisation de toutes sortes de matières (galuchat, peau de raie, de requin, ou peau de reptile, bois, nickel, plastique ou plexiglas). Ainsi la reliure exprime tous les styles qui ont traversé le XXe siècle, de l’Art déco à l’abstraction ou à l’art cinétique.

La Bibliothèque nationale est au cœur de la promotion de la reliure d’art au XXe siècle, patronnant en 1945 la SRO (Société de la reliure originale). Aujourd’hui, les relieurs, dont le métier nécessite une grande qualification, se tournent souvent vers la restauration par manque de clientèle bibliophile.

C’est avec l’apparition du codex, au I er siècle, que la reliure naît et crée l’objet-livre que nous connaissons encore aujourd’hui. Le codex est en effet un livre constitué d’un ensemble de feuilles pliées formant des cahiers, qui sont ensuite reliés, ce qui le différencie du volumen ou livre en rouleau. Étape nécessaire à la réunion des cahiers écrits et donc à leur lecture, la reliure est aussi un art à contempler, quitte à être parfois aujourd’hui dans sa propre contradiction en protégeant les exemplaires les plus rares d’une enveloppe si précieuse qu’on hésite à les manier.